Une sombre idée au creux de sa pensée
Nuit qui tombe à l’heure des rêves
Et elle pense beaucoup, trop
Goutte d’eau qui naît à ses yeux rougis
Ouverture d’une peine qui grandie
Utilité de débordement annoncé
Trop plein d’une douleur criée
Tant de désillusion qui pousse
Elan sur les joues si douces
Déjà des larmes arrivent
Et je lèche de ma langue
Aussi lentement que glisse
Une goutte d’eau vers tes lèvres
Le Loup vient et s'assied, les deux jambes dressées,
Par leurs ongles crochus dans le sable enfoncées.
Il s'est jugé perdu, puisqu'il était surpris,
Sa retraite coupée et tous ses chemins pris,
Alors il a saisi, dans sa gueule brûlante,
Du chien le plus hardi la gorge pantelante,
Et n'a pas desserré ses mâchoires de fer,
Malgré nos coups de feu, qui traversaient sa chair,
Et nos couteaux aigus qui, comme des tenailles,
Se croisaient en plongeant dans ses larges entrailles,
Jusqu'au dernier moment où le chien étranglé,
Mort longtemps avant lui, sous ses pieds a roulé.
Le Loup le quitte alors et puis il nous regarde.
Les couteaux lui restaient au flanc jusqu'à la garde,
Le clouaient au gazon tout baigné dans son sang;
Nos fusils l'entouraient en sinistre croissant.
Il nous regarde encore, ensuite il se recouche,
Tout en léchant le sang répandu sur sa bouche,
Et, sans daigner savoir comment il a péri,
Refermant ses grands yeux, meurt sans jeter un cri.
Hélas! ai-je pensé, malgré ce grand nom d'Hommes,
Que j'ai honte de nous , débiles que nous sommes!
Comment on doit quitter la vie et tous ses maux,
C'est vous qui le savez sublimes animaux.
A voir ce que l'on fut sur terre et ce qu'on laisse,
Seul le silence est grand; tout le reste est faiblesse.
--Ah! je t'ai bien compris, sauvage voyageur,
Et ton dernier regard m'est allé jusqu'au coeur.
Il disait: " Si tu peux, fais que ton âme arrive,
A force de rester studieuse et pensive,
Jusqu'à ce haut degré de stoïque fierté
Où, naissant dans les bois, j'ai tout d'abord monté.
Gémir, pleurer prier est également lâche.
Fais énergiquement ta longue et lourde tâche
Dans la voie où le sort a voulu t'appeler,
Puis, après, comme moi, souffre et meurs sans parler."
Je suis comme l’ombre qui tombe sur la terre noire
Annonçant cahot et colère divine
Je me terre dans la fosse commune de ma mémoire
Les yeux fermés sur mon héroïne
Qu’es tu devenu toi qui m’aimait
Au-delà des purgatoires infernaux
Tu m’as laissée contre l’étai qui soutenait
Ma force de vivre, parti si tôt
Comment en vouloir au soleil
Pourrais- je te tenir rigueur
D’être une de ces douces merveilles
Quand je ne devenais qu’un leurre
Qu’il est difficile d’avancer
Pour récupérer une parcelle de vie
Pour trouver de quoi balancer
Pour survivre encore dans un cri
Dans ce manteau qui me cache
Je ne suis plus que l’ombre de moi-même
Je me fuis en faisant tache
Sur ce que fut mon passé de bohème
Où faire passer la vie dans le bleu
D’une veine déjà trop assaillie
Qui m’aidera à éteindre le feu
Sous mes paupières asservies
Larmes de sang, coulez
Il est temps de sonner le glas
Plus rien ne passe, je suis vidé
Je veux partir, mourir sans pugilat
Ouvrez ma tombe pour que je me repose
Posez la pierre sur ma vie défaite
Rédigez l’épitaphe en prose
Jetez la terre sur ma mort surfaite
Ne pleurez pas celui que je fus
Protégez vous du vice de ma reine
Repoussez la, elle pue
Comme moi qui meurt sans peine.
@ Jean fred 04.09.06
D'un autre horizon s'élève le jour
Les chiens ont crié "attrapez les"
Ni chaines, ni menottes aux poignets
Ils ont pleuré à s'en rendre sourds
Gamins d'innocents aux portes de l'enfer
Ils ont couru, tenté de se sauver
À coup d'explosion se sont sacrifiés
Retrouvés morts, sanglants, à terre
Un sourire de carnassier les accueille
"On vous rééduquera... c'est maladif"
Un uniforme informe, inexpressif
Et cet équilatéral en guise de cercueil
De prisons en laboratoires d'analyse
Un but inaccessible appelé "liberté"
Combien d'entre eux sur les barbelés
Et dans le ventre la peur qui paralyse
Ils ont soufferts d'avoir su dire "non"
Souvent jusqu'au delà des maux, la mort
Il existe ici des Hommes debout encore
Ils regardent droit devant en leur nom
Je n'ai pas connu mais ne l'oublie pas
La mémoire reste seul vestige du passé
Un passé d'il y a soixante dix années
Alors je regarde droit et je me bats.
À toi de me suivre... ou pas...
@Julie
Départ vers l’ailleurs
Ton visage dans tes mains
Tes larmes à jamais séchées
Rien en ce monde ne te retient
Tu veux partir vers l’ailleurs
Pour fuir le prochain matin
Pour ne pas finir dans la peur
Mais elle est déjà là qui t’épiait
Cachée sous le manteau noir
De l’oubli, qui jamais ne s’ouvrait
Pour mieux t’enfermer, sans espoir
Lacérée par la morsure du temps
Qui tu ne pus rattraper
Tu partiras comme le vent
D’un souffle étouffé
Part et laisse nous nos peurs
Nos larmes ne se sont pas taries
Nous n’avons rien vu de ta douleur
Nous ne méritons que ce que l’on vit
Petite lame de métal froid
Aiguisée par nos soins
Qui d’un petit trait d’effroi
Ponctue ta vie d’un point
Sauve toi petit sœur détresse
Laisse moi sur le rebord de la vie
A n’oser te rejoindre petite déesse
Perdue dans ce monde de dépit
J’aurais tant aimé de toute mon âme
Arrêté ce trait dessiné sur ton bras
Stopper l’enfer de cette lame
Qui me prive de ton aura
Aveugle j’étais, aveugle je reste
Les paupières à jamais scotchées
Pour ne plus voir toute cette peste
Qui m’abrutie continuellement de nausée
@jean fred 10.08.06
Si l’ombre se reflète au-delà des murs du temple
C’est que le soleil s’est posé sur ce corps
Dans la pénombre qui tombe, est ce qu’il tremble ?
Ou, est ce qu’il se repose de tant d’efforts ?
Les douleurs antiques qui régissent les âmes meurtries
Finiront par avoir raison de la jeunesse qui s’évapore
C’est plus tard qu’elle s’en rendra compte, amoindrie
Quand l’ombre aura gagnée sur le terrain de la mort
Aujourd’hui, elle rêve au-delà du désir des sens
À celui qui, doucement se posera à ses côtés
Effeuillant les pétales d’une fleur aux pétales de sang
Souriant à la vie qui continue son cheminement zélé
Qui la touchera d’une main preste et légère ?
Qui saura la faire frémir d’un geste précis ?
Elle ne sera à lui que s’il sait être fier
De la prendre toute entière sur le lit.
Après, bien après, elle s’éteindra doucement
Et l’ombre regagnera son corps dénué de force
Pour la couvrir de la légèreté de son voile blanc
Afin qu’elle s’endorme dans les ruines du temple
Mortel
J’ai perdu mon âme à essayer de comprendre
J’ai laissé mon cœur perdu dans les immondices
Je suis seul à présent pour tenter de descendre
Loin dans les profondeurs du néant sans délices
Tu m’as égarée sur les chemins de la solitude
Là où naguère j’errais dans ma tranquillité
Dans la nuit sombre brouillard des certitudes
Les yeux ouverts encombrés d’erreurs passées
L’horreur des matins au soleil pâle dans l’eau
Que n’as tu fait pour m’éloigner de vous
Mes amours déchues habillées d’oripeaux
Tu m’as englouti hors des limites, hors tout
Je suis assis sur le rebord de ce trottoir sale
A mendier une once d’amour en retour
Et toi tu fais chavirer les cœurs dans ce dédale
En riant plus fort à chaque fois dans tes labours
Je fuis le bonheur de peur qu’il ne revienne
Je n’espère plus rien de cette ancienne vérité
Qui disait qu’on aimait en faisant sienne
L’union qui devait vivre avec force des années
Je te maudis, toi qui en me regardant me juge
Ne m’as tu pas déjà tué en passant sous ces échelles
Ne suis je pas assez torturé, en passant à la purge
De ton amour qui m’a frôlé les lèvres du baiser mortel
Mes rimes sont pauvres et à l’image de mon dilemme
Qu’y puis je, je n’aurais jamais le talent d’un Rimbaud
Je ne puis choisir entre toi et toi, difficile problème
Où je meurs inévitablement un couteau dans le dos.
Jean Frédéric le 06/11/05